Une réflexion philosophique sur la liberté de la presse

Une réflexion philosophique sur la liberté de la presse

Une réflexion philosophique sur la liberté de la presse

/ Tribune Libre / Thursday, 21 January 2021 16:56

Par Jean Paul HABIMANA

Rappel historique de la liberté de la presse

source photo carenews.com

La presse anglaise, qui est la première a obtenu dès 1695 du Roi le droit d’être imprimée sans autorisation préalable. C’est du reste un Anglais, le poète Milton qui plaida en 1644 pour la liberté d’imprimer « sans autorisation ni censure ». Dans son Bill of Rights de 1776, l’Etat de Virginie fait de la liberté de la presse l’un des remparts de la liberté. Ce principe a été retenu et repris par le Premier Amendement apporté en 1791 à la Constitution des Etats-Unis d’Amérique : « Le Congrès ne fera aucune loi restreignant la liberté de parole ou de la presse ». La France révolutionnaire de 1789, fidèle aux mêmes idéaux, introduisit dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen une disposition : « Tout citoyen peut(…) parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans le cas déterminé par la loi ».

« Quand la presse est libre, cela peut être bon et mauvais mais assurément, sans la liberté, la presse ne peut être que mauvaise » Albert Camus ; écrivain, philosophe et journaliste français. « Il n’y a jamais la liberté sans la responsabilité et les limites de la liberté c’est justement la responsabilité » Hubert Beuve-Mery, fondateur du célèbre quotidien Le monde. « Pas de liberté sans liberté de la presse » Reporters sans frontières.

Ces citations faites par deux hommes célèbres et une institution de fort belle réputation indiquent l’importance de la liberté de la presse et la place qu’elle requiert dans la démocratie et les activités de la presse. Elles n’épuisent point la liste qui serait longue, sans doute des centaines, des sentences littéraires ou philosophiques sur le sujet. Tout le monde a le mot liberté à la bouche ou sous la plume concernant les médias en général et la démocratie en particulier. Mais de quelle liberté s’agit-il ? De la liberté physique, morale ou plutôt celle qui se réfère au domaine politique et social ? Il importe de bien cerner les sens multiples du vocable pour éviter de graves confusions aux conséquences regrettables : « O liberté, que de crimes on commet en ton nom » (dernières paroles attribuées à Mme Roland). «Ma liberté s’arrête où commence la liberté de l’autre » Garaudy. Pour tenter de la définir négativement disons que la liberté n’est pas la licence. Elle n’est pas non plus l’anarchie, le

dérèglement dans la conduite, le nom respect de la loi et des institutions établies, l’irrévérence… Il ne s’agit donc pas comme on le dit familièrement de « prendre des libertés » dans le sens de ne pas se gêner ou « prendre des libertés »… (L’exactitude, la ponctualité)… Positivement on peut dire, s’agissant spécifiquement de la presse, que la liberté dont il s’agit est la possibilité pour les professionnels de la presse d’exercer leur métier sans la contrainte, de quelque sorte que ce soit (moral, politique et social). La liberté recherchée ici est essentiellement la liberté d’esprit, c’est-à-dire l’indépendance d’un homme ou d’une femme, le journaliste qui n’est pas dominé par la crainte, par des préoccupations obsédantes ou par des préjugés. Le journaliste doit être disponible d’esprit et garder sa liberté de jugement. C’est selon nous cet ensemble d’états et de comportement que nous présentons positivement ci-dessus qui constitue la liberté de la presse. On note donc en déduction de tout cela que le métier du journaliste est particulièrement délicat. De fait comme chacun sait, l’homme est par nature imparfait. Il ne peut donc pas être totalement neutre, à son corps défendant. Pour réaliser un reportage ou une relation des faits, il n’a ni feuille de route, ni ordre de mission. La destinée des médias - et singulièrement celle de la presse - dépend donc essentiellement de l’usage que les professionnels de ces techniques en feront en fonction de leurs désirs, de leurs besoins ou de leurs croyances. Il en résulte que le journaliste, pour être à l’aise dans l’exercice de son métier, doit posséder une culture de bon aloi, un esprit alerte et avoir un sens aigu de la limite et des propositions dans l’estimation et le jugement des faits. Notons, pour clore ce développement que sans la liberté d’expression proclamée solennellement il y a presque un siècle jamais les rotatives n’auraient permis l’avènement, au 19 éme siècle, des grands journaux quotidiens. C’est la maîtrise de la langue utilisée qui permettra au journaliste de choisir le mot dans son idiolecte et d’éviter les excès de langage. Hubert Beuve-Mery, le fondateur du célèbre quotidien Le Monde déclare qu’en matière de presse, il n’y a jamais la liberté sans la responsabilité. Quel sens donnons-nous au mot responsabilité ? Nous faisons nôtre la définition donnée par Jean Paul Sartre : « Nous prenons le mot de « responsabilité » dans son sens banal de conscience d’être l’auteur incontestable d’un événement ou d’un objet. Cette responsabilité est simple revendication logique des conséquences de notre liberté ». La responsabilité est intrinsèque à la liberté. C’est pour cela que le journaliste qui agit en pleine liberté doit assumer sa responsabilité dans ses actes heureux ou malheureux. Les événements que le journaliste traite relevant souvent de l’urgence, il est assailli, vivement

sollicité et parfois harcelé. Il agit donc en conséquence aussi en urgence. Mais ce faisant, il ne dispose pas du temps nécessaire pour réfléchir mûrement afin de porter un jugement « convenable » sur les hommes et les choses. L’ensemble des devoirs que l’exercice de leur métier impose aux journalistes est la déontologie ou l’éthique. C’est pour la mieux définir et mieux veiller à son respect que des institutions ont été crées : conseils de presse, médiateurs, hautes autorités de la communication et des médias… Ils sont là pour dénoncer les dérives de l’information car la loi ne suffit pas. Elle fixe seulement des limites dont le franchissement est sanctionné par le juge. La déontologie, ces règles que la profession se donne à elle-même servent à la fois d’auxiliaire et de stimulant à l’exercice, par les journalistes de leurs responsabilités. Elle est un soutien, en, somme, pour la responsabilité individuelle du journaliste mais ne doit pas devenir un alibi pour l’irresponsabilité individuelle. Nul ne peut honnêtement disconvenir de ce que le journaliste fait peser sur l’information une lourde menace lorsqu’il joue un rôle qui n’est pas le sien, quand il est atteint du « syndrome de l’oracle », se mettant à prédire l’avenir plutôt que de raconter le présent, se trompant ainsi sur la mission que la démocratie lui assigne : être un spectateur et non un acteur, un observateur plutôt qu’un enseignant, un médiateur(dans le sens original du terme) plutôt qu’un censeur autrement dit un juge.

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